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Laurent Fabius est le fils d’André Fabius, antiquaire, et de son épouse, Louise, née Mortimer. Il est divorcé de la productrice Françoise Castro, avec qui il a eu deux enfants : Thomas et Victor.
Thomas Fabius, né en 1982, est chef d'une entreprise. Victor Fabius, né en 1983, est élève à l'École normale supérieure.
Il passe ses années de lycée à Janson-de-Sailly. Après le baccalauréat, il s’inscrit en hypokhâgne à Louis-Le-Grand. Il est admis à l’École normale supérieure, où il passe l’agrégation de lettres et intègre parallèlement l’Institut d'études politiques de Paris. Élève de l'École nationale d'administration, promotion François Rabelais (1971-1973), il sort dans les trois premiers et devient auditeur au Conseil d'État. Il est nommé Maître des Requêtes en 1981.
C’est peu après sa sortie de l’ENA, en 1974, qu’il adhère au parti socialiste et rencontre François Mitterrand, dont il devient le directeur de cabinet. Il travaille à ses cotés jusqu’à sa victoire de 1981 : c’est ainsi qu’il le défendra vigoureusement au congrès de Metz en avril 1979, en affirmant contre Michel Rocard que : « entre le Plan et le marché, il y a le socialisme ».
Parallèlement, il est élu premier adjoint au maire du Grand-Quevilly en 1977, puis député de la quatrième circonscription de Seine-Maritime (Elbeuf, Le Grand-Quevilly), l'une des plus à gauche du pays. Il pose ainsi les bases de ce qui deviendra son fief électoral.
Suite à la victoire de François Mitterrand en 1981, il est nommé ministre du budget, puis à partir de 1983 ministre de l’industrie et de la recherche. Au ministère du budget, il instaure l’impôt sur les grandes fortunes, aboli en 1987 par le gouvernement de Jacques Chirac et ancêtre de l’Impôt de solidarité sur la fortune. Les œuvres d’art étant exclues de l’assiette de recouvrement de l’impôt nouvellement créé, une polémique le visant débuta : en effet, la fortune familiale des Fabius est bâtie sur le commerce des œuvres d’art. Il conteste être à l’origine de cette mesure. Selon son biographe Jean-Gabriel Fredet, [1], c’est Jack Lang, alors ministre de la culture, qui aurait obtenu cette exonération, contre l’avis de Fabius.
En 1983, il plaide pour une application fidèle du programme de la gauche, soutenant un flottement du franc et le protectionnisme industriel. Toutefois, il se rallie finalement au « tournant de la rigueur » voulu par Pierre Mauroy et décidé par le président pour maintenir la France dans le Système monétaire européen.
Suite à l’échec du projet de réforme de l’éducation mise en œuvre par Alain Savary, François Mitterrand décide de changer de Premier ministre, et remplace Pierre Mauroy par Laurent Fabius le 17 juillet 1984 au poste de Premier ministre. À 37 ans, il est le plus jeune Premier ministre de la République. Arrivé dans une situation de crise, il poursuit la « politique de la rigueur » afin de maîtriser la dette de l’État et l’inflation. En conséquence, le Parti communiste refuse de participer au gouvernement.
Sur le plan diplomatique, Laurent Fabius empiète parfois sur le domaine de François Mitterrand. Ainsi, en 1985, il prend fait et cause pour la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud : il rencontre l'évêque anglican Desmond Tutu lors d'une grande réunion à Paris en mai 1985 et obtient que la France impose des sanctions au régime de Pretoria : embargo commercial, suspension de tout nouvel investissement et rappel de l'ambassadeur de France. Au cours de cette même année 1985, en décembre, il s’oppose au président qui invite le général Jaruzelski, chef de la République populaire de Pologne, alors que ce dernier réprime la contestation du syndicat Solidarność, conduit par Lech Walesa. Il fait part de son trouble à la tribune de l’Assemblée nationale, ce qui provoque le mécontentement de Mitterrand.
Son passage à l’Hôtel Matignon est aussi marqué par deux scandales : dans la nuit du 10 juillet 1985, le Rainbow Warrior, bateau de Greenpeace, est dynamité par une équipe de la DGSE et un photographe trouve la mort. L'affaire du Rainbow Warrior éclate et les autorités de Nouvelle-Zélande protestent. L'enquête pour homicide met en cause les services secrets français, et le ministre de la défense Charles Hernu démissionne le 20 septembre. Le 22 du même mois, Laurent Fabius reconnaît la responsabilité de la DGSE dans l’attentat.
Le scandale de l'affaire du sang contaminé viendra aussi entacher le bilan du passage de Laurent Fabius à Matignon : des retards dans la mise en œuvre de mesures préventives ont entraîné la contamination de patients ayant subi une transfusion par le virus du sida. Suite à la révélation de l’affaire en 1991, il demande la levée de son immunité parlementaire pour être jugé et est relaxé par la Cour de Justice de la République, qui affirme, dans ses attendus, que "compte tenu des connaissances de l'époque, l'action de Laurent Fabius a contribué à accélérer les processus décisionnels". Malgré ce verdict l'innocentant, ce scandale est régulièrement évoqué à son encontre.
Suite à la défaite de la gauche aux législatives de 1986, il quitte Matignon le 20 mars 1986. Il devient président de l’Assemblée nationale en 1988 après la dissolution qui suit la réélection de François Mitterrand. Il conduit la liste socialiste lors des élections européennes du 18 juin 1989 : il est élu mais réalise un très mauvais score. Le Canard enchaîné titrera même Pour Fabius, c'est la pelle du 18 juin.
Il s’engage à la fin des années 1980 et au début des années 1990 dans une rivalité avec Lionel Jospin pour s’assurer le contrôle du Parti socialiste, et échoue à deux reprises : en mai 1988 et au Congrès de Rennes de mars 1990, qui marque la rupture du courant mitterrandien. Il est élu premier secrétaire du Parti socialiste en 1992, et le restera jusqu’au Congrès du Bourget, qui suit la défaite de la gauche aux législatives de 1993. Élu maire du Grand-Quevilly en 1995, il obtient la présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale la même année, poste qu’il quitte pour retrouver la présidence de l’Assemblée en 1997, suite à la victoire de la gauche plurielle aux législatives et la nomination de Lionel Jospin au poste de Premier ministre. Des rumeurs dans les médias annoncent son intention de prendre la direction du Fonds monétaire international.
Exclu des premiers gouvernements Jospin, il rentre en grâce suite à la démission du successeur éphémère de Dominique Strauss-Kahn, Christian Sautter, victime d’une fronde des agents de son ministère, celui de l’économie, face à un projet de réforme interne. Il est nommé ministre de l'économie, des finances et de l'industrie le 27 mars 2000, et enterre le projet de son prédécesseur.
À Bercy, Laurent Fabius met en œuvre la deuxième phase de la réforme des 35 heures, et poursuit la politique de réduction de la fiscalité et de maîtrise des dépenses menée depuis 1997, ce que lui reprocheront ses adversaires à gauche, estimant qu'il sacrifiait ainsi le social. Il reste en poste jusqu’à la défaite de Lionel Jospin à l’élection présidentielle d’avril-mai 2002.
Lionel Jospin ayant annoncé au soir du 21 avril 2002 qu’il comptait se retirer de la vie politique, Laurent Fabius affiche clairement ses ambitions présidentielles. Il est nommé numéro 2 du parti socialiste au Congrès de Dijon, et affiche dès lors une ligne profondément marquée à gauche et par le rejet du libéralisme : il estime que c’est le rejet massif du libéralisme qui explique la défaite socialiste aux élections de 2002.
Au cours de l’année 2004, il se fait remarquer en devenant le plus important responsable socialiste à s’opposer au traité établissant une Constitution pour l'Europe, évoluant d’un « non sauf si » en juin 2004 à un non définitif qu’il défend en interne au sein du parti socialiste. Ce faisant, il déclenche une vive polémique au sein de l’ensemble des partis socialistes européens, dont la plupart sont acquis au « oui ». Par référendum interne, les militants socialistes décident toutefois le 2 décembre 2004 de soutenir le « oui » par 55% des voix.
Contrairement à d'autres opposants au TCE au sein du parti socialiste, son courant décide néanmoins de faire campagne pour le NON. Lors du référendum national du 29 mai 2005, le « non » l’emporte, notamment chez les électeurs de gauche et les sympathisants socialistes, alors que le « oui » est ratifié par 16 pays sur 25 (dont 12 par procédure parlementaire sans consultation de la population) et obtient une majorité des voix sur 4 scrutins directs et est rejeté par les 2 derniers scrutins directs en France et aux Pays-Bas, les autres scrutins directs prévus étant alors annulés.
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